MES EXPERIENCES AVEC LA HAUTE COUTURE

J'ai de bons souvenirs de mes propres expériences avec la boutique Pierre Balmain lorsque je venais à Paris rendre visite à ma mère au travail après l'école, une fois que j'avais quitté Maisons Laffitte et que j'habitais à Paris au 11 rue Louis le Grand. Je me souviens avoir été invitée à assister aux collections de printemps ou d'automne au premier étage, où ma mère me réservait une place. Tous les photographes de mode et les médias étaient invités, ainsi que des dignitaires et des clients réguliers. C'était passionnant de faire partie de cette foule. J'étais fascinée par la beauté de certains mannequins et par la façon dont elles défilaient, montrant la nouvelle collection, et j'entendais les nombreux "Oh..." de la foule. Il y avait deux mannequins que j'aimais particulièrement et qui étaient si gentilles avec moi en prenant le temps de me parler une fois le défilé terminé. Elles m'apportaient aussi des poupées de différents pays, et c'est ainsi qu'est née ma fameuse collection de poupées. Toute l'équipe de la boutique Balmain était très proche et partait souvent ensemble en vacances.

De l'autre côté de la rue se trouvait la boutique Nina Ricci où travaillait Madeleine Martin, l'amie de ma mère, qui nous fournissait du parfum et du maquillage pendant de nombreuses années. Même après mon arrivée aux États-Unis, j'avais un an ou deux de réserve de parfums Nina Ricci et Balmain que j'ai eu la chance d'utiliser régulièrement et de partager avec les gens autour de moi. Mon parfum préféré de P. Balmain était Citronnelle que j'essaie encore de trouver aujourd’hui mais sans succès, et le celui de ma mère était Vent Vert.
 

Ayant été élevée dans ce milieu de la mode, il m’est tout à fait naturel de suivre les traces de mon héritage français en matière de mode. Je change de sac à main pour l'assortir à mon manteau, mon écharpe, mon chapeau ou mes gants, et je choisis avec soin des bijoux assortis (boucles d'oreilles, etc.). Les gens m'arrêtent souvent dans la rue ou au magasin pour me complimenter sur mes tenues. La semaine dernière, alors que je faisais mes courses chez Costco, un élégant monsieur d'un certain âge s'est approché de moi et m'a dit qu'il aimait beaucoup mon chapeau. Je ne sais plus combien de fois j'ai eu droit au même traitement au supermarché ou ailleurs de la part des clients ou des caissières. Pendant les six ans et demi de notre mission pour l’Eglise, les membres de la paroisse Harvard m'ont surnommée "la dame au chapeau" et, au bout d'un certain temps, j'ai remarqué que certaines d'entre elles se sont mises à porter des chapeaux!

J'aimerais conclure ce récit sur Pierre Balmain en mentionnant mon incroyable grand-tante Tata qui a eu un impact énorme sur nos vies. Simone Paris était la sœur de ma grand-
mère et vivait avec sa mère, mon grand-père et moi-même à Maisons Laffitte. Tata n'a pas eu de chance en amour et a rapidement divorcé de son mari Aimé Mignon. Je crois qu'il était imprimeur de métier. Elle s'est installée chez sa mère et sa sœur après avoir quitté Aimé. Les deux sœurs ont travaillé pour Cristobal Balenciaga, originaire d'Espagne, qui était un grand créateur de mode, contemporain de Pierre Balmain, Christian Dior et Chanel. Les deux sœurs avaient une profonde admiration pour cet homme et considéraient que c’était un grand privilège de travailler pour lui. Elles ont chéri ces nombreuses années de dur labeur et ne se sont jamais plaint des longs trajets quotidiens en train pour aller travailler à Paris.
 

M. Balmain savait que ma mère était une grande admiratrice de Balenciaga et qu'elle portait parfois une tenue Balenciaga que sa tante lui avait confectionnée.

Tata était la reine des fées de la couture. Elle confectionnait un grand nombre de nos vêtements (ceux de ma mère et les miens) à la main et à l'aide de sa machine à coudre, une vieille machine à coudre manuelle Singer avec la commande au pied, dans le coin de sa chambre. Elle avait vraiment la dextérité, les doigts d'une magicienne et pouvait transformer tout ce qu'elle touchait en œuvre d'art. Tant de points fins qui devenaient invisibles dans le tissu. Je me souviens de mes cours de couture à l'école primaire, rue Saint-Nicolas, et de mes efforts dans cette classe pour imiter mes points de couture en les comparant aux points parfaits de ma chère Tata. Impossible de faire comme elle.

Il est impossible de compter toutes les tenues vestimentaires, robes, jupes, manteaux ou redingotes, et manteaux croisés qu'elle a confectionnés pour moi quand j'étais jeune. Je me souviens de mes séances d’essayage devant le grand miroir de l’armoire de notre chambre
à Maisons-Laffitte. Je me souviens un matin de Noël avoir trouvé une douzaine de tenues pour l'une de mes poupées préférées, Wendy ou Florence, étalées sur le couvre-lit, fabriquées à partir des restes de tissus ramenés de son atelier de travail. Elle ne savait pas qu'un jour, elle perdrait l'une de ses clientes préférées qui déménagerait très loin, de l'autre côté de l'océan, et ne garderait que sa nièce, ma mère, comme cliente régulière jusqu'à ce qu’elle meurt d'une leucémie et d'un cancer des os en 1989. Aujourd'hui, je porte toujours son manteau bleu marine (style Chanel) pour aller à l'église, ainsi que le manteau marron de ma grand-mère (style Chanel), car Tata est allée travailler pour Chanel après la mort de Cristobal Balenciaga en 1972. Tout son univers était la Couture, ma mère et moi. Elle n'avait rien d'autre et se sacrifiait souvent pour nous. Lorsque nos propres enfants étaient très jeunes, elle faisait leurs vêtements. Tata a confectionné ma robe de mariée. Je lui ai envoyé le patron et elle l'a réalisée en un temps record en arrivant juste la veille de notre mariage! Mon mari a confectionné le voile lui-même et a fait un excellent travail. Oh, comme Tata me manque et comme j'ai hâte de la revoir une fois dans l’au-delà. Je parie qu'elle est toujours occupée à utiliser ses dons de fée.

Lorsque je suis arrivée en Amérique, j'avais une amie danoise qui m'a appris à coudre. J'ai donc confectionné quelques tailleurs deux pièces et plusieurs robes longues qui étaient à la mode à l'époque. J'aimais faire du shopping dans les magasins de tissus, choisir les tissus, les patrons et coudre avec ma propre machine à coudre. Cela a duré plusieurs années et j'ai même fait des vêtements pour mes enfants lorsqu'ils étaient tout petits. Mais au fur et à mesure que la famille s'est agrandie, j'ai eu de moins en moins de temps pour le faire et j'ai complètement abandonné la couture. Notre propre fille, Mary Catherine, a vraiment hérité du merveilleux talent de notre chère Tata qui serait très fière d'elle. Je suis agréablement surprise de découvrir qu'une demi-douzaine de mes ancêtres féminines, étaient couturières ou travaillaient dans le secteur de la mode. Il y a vraiment quelque chose dans notre ADN ! Nous héritons non seulement de certains attributs physiques de nos ancêtres, mais aussi de certains talents et même de certains processus de pensée.
Nous sommes tous liés les uns aux autres.

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